Préjugés, il faut toujours en parler

Ayant écrit les « CHAOS DE L’AVEN » dont l’action se passe principalement à Pont-Aven je continue régulièrement à m’y rendre. La dernière fois, il y a quelques jours une mésaventure m’est arrivée.

J’ai des difficultés d’élocution et je me déplace en fauteuil électrique. Le 26 août 2O14, j’avais pris l’initiative d’aller, seul et par mes propres moyens de la chapelle de Trémalo au centre-ville tandis que ma compagne et notre accompagnatrice faisaient le trajet en voiture.

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Jusqu’à mi-parcours pas de problème. Cependant sur la rue Emile Bernard la circulation est dense et à certains endroits la chaussée est onduleuse. Le fauteuil commence à virer à droite et butte contre le trottoir. Une femme sort de sa voiture et me propose de l’aide. Je n’avais aucune raison de lui refuser. Elle essaye de m’aider à monter sur le trottoir pour ne pas gêner la circulation, mais en vain. L’homme qui conduisait la voiture vient à la rescousse et finalement je reste sur la route car le trottoir est trop étroit par endroit, ou trop bosselé.

La mésaventure commence au bout de cinq minutes : deux, trois, cinq personnes s’agglutinent autour de moi et chacune évidemment a sa proposition à faire. La phrase qui revient le plus souvent est : « On ne peut pas le laisser comme ça » ? C’est très éloquent à mon égard. A cause de mes difficultés d’élocution, personne ne prend la peine de m’écouter sérieusement, mais chacun veut décider pour moi.

Je me sens comme dans une cage en verre, dévisagé, dévalorisé, écarté de toute décision me concernant. A un moment une personne se permet de fouiller dans mon sac pour regarder ma carte d’identité sans me demander l’autorisation de le faire. Je suffoque. Enfin, j’arrive à articuler : « A la librairie, à la librairie ». C’est là que nous avions rendez-vous avec Marie Claude pour faire un dépôt de livre.

Devant la librairie les commentaires vont bon train. J’essaie de demander un portable pour joindre les personnes qui m’accompagnent et sont parties garer la voiture. Je ne les vois pas arriver. J’imagine que quelqu’un appelle les pompiers... Personne ne m’écoute. Personne ne veut essayer de comprendre ce que je veux dire. La libraire qui me connaît et que quelqu’un est allé chercher reste neutre et retourne dans son magasin après m’avoir serré la main.

« Ah ! Marie !.. » Enfin je vois apparaître ma compagnes .C’est ma délivrance… Elle s’étonne de l’attroupement puis s’indigne en disant que je suis un adulte et qu’il n’y avait pas lieu de s’affoler pareillement. Comme une volée d’oiseaux effrayés les bienfaiteurs de l’humanité du moment disparaissent.

GILDAS TREVETIN

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