Hommage de Gaël Briand rédacteur en chef du Peuple Breton, conseiller régional UDB.


Je dis souvent que la camaraderie échappe à beaucoup de gens non engagés. J'ai de nouveau eu l'occasion de m'y confronter ce matin, lors des obsèques de Gildas Trevetin, fidèle camarade de l'UDB. Un parti (du moins le nôtre), c'est un lieu où l'on apprend à vivre les uns avec les autres, où l'on apprend les uns des autres. Et qui mieux que Gildas, lourdement handicapé depuis sa naissance, pouvait comprendre et nous faire comprendre le sens profond, positif, concret de la notion d'"autonomie"?

J'ai rencontré Gildas pour la première fois dans les couloirs de l'Université de Bretagne Sud à l'époque où j'étais moi-même étudiant et non encarté. Avec sa mine parfois renfrognée, ma première impression était qu'il ne semblait commode. C'était mal le connaître, lui qui en plus d'être un érudit et un grand lecteur était extrêmement drôle et facétieux. Pourtant, on ne peut pas dire que sa vie ait été facile: sous-oxygéné à la naissance, Gildas n'avait ni l'usage de ses jambes, ni l'usage facile de la parole. "Si vous ne m'avez pas compris, faites-moi répéter", disait-il toujours. Rien de plus détestable que les gens qui faisaient semblant de le comprendre et, du coup, ne lui répondaient pas. Durant les premières années de sa vie, à Langonnet, on le considérait comme un attardé, jusqu'à ce qu'à Kerpape, une institutrice se rende compte qu'il sait lire... il avait appris seul, en observant les autres du fond de la classe! Lire et écrire lui ont offert de nouveaux horizons, intellectuels.

Il peinait à exprimer ses idées, mais n'abandonnait jamais et les faisait passer au bout du compte: dans nos réunions politiques grâce à l'aide précieuse de Marie-Claude, sa compagne, mais aussi à travers ses livres. Gildas ne mâchait pas ses mots, il n'était pas réputé timoré! Sa volonté lui a permis d'avancer et d'avoir une belle vie. Yannick Quénehervé, son camarade et ami, rappelait ce matin qu'"à 28 ans il réalisait un de ses rêves les plus fou : vivre chez lui, être responsable de lui-même et de son mode d'existence". J'ai été heureux de voir les photos retraçant son parcours car il est clair pour quiconque l'a connu qu'il aimait vivre.

La ville de Lorient, ainsi que celle de Lanester, doivent beaucoup à Gildas (et à Marie-Claude bien sûr). Qui sait par exemple que l'accessibilité dans les cinémas n'a été rendue possible que parce qu'il s'est mobilisé pour, organisant un blocage symbolique de l'entrée avec une centaine de personnes? Yannick nous contait comment notre camarade avait bondi de son fauteuil pour choper le directeur de l'époque au col après qu'il lui ait parlé de façon humiliante. Un véritable diable à ressort!

Gildas était dépendant des autres. Mais il n'attendait pas que l'on fasse tout à sa place, ne quémandait pas, n'exigeait que le respect, la dignité, des droits équivalents aux gens valides. "J’ai choisi l’UDB car c’était un parti proche des gens, un parti qu’on peut contacter quand on veut contrairement aux organisations parisiennes. Et aussi bien sûr parce que le parti prônait l’autonomie, pas seulement pour la Bretagne, mais aussi pour les personnes. J’en suis arrivé à la conclusion que l’autonomie des personnes et des territoires, c’était le même processus et qu’il fallait se battre, s’affirmer pour l’obtenir", me disait-il alors que je lui consacrais un article dans Le Peuple breton il y a quelques années. Gildas, de son côté, m'a fait découvrir le monde des personnes en situation de handicap, le combat permanent qui est le leur, l'importance de refuser la charité et de préférer, toujours, l'émancipation. L'autonomie était pour moi un combat institutionnel avant tout et Gildas et Marie-Claude ont élargi ma perception.

Affaibli après plusieurs hospitalisation, Gildas s'est finalement tu. Notre ami est mort, mais son ombre marchera désormais à nos côtés. Marcher, Gildas n'en était pas capable. Malgré tout, il s'est tenu debout en tant qu'homme. Et cela force le respect.

Ra 'vo skañv douar Breizh evitañ.



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